L’Eucharistie, abaissement et proximité de Dieu

Ce soir, En ce jeudi saint, nous ouvrons la porte sur trois jours. Ces trois jours contiennent toute la profondeur de notre foi.

A partir de ce soir nous sommes convoqués à répondre à une question à laquelle toutes les civilisations,
 quelles qu’elles soient, ont tenté de répondre : la question de la souffrance et de la mort.

 

Pendant trois jours, nous allons suivre Jésus, l’Homme par excellence, sur son chemin de souffrance.
« Ecce Homo » méditerons-nous demain. « Voici l’Homme » ; l’homme au visage ensanglanté. L’homme au visage défiguré. L’homme au corps torturé sous les coups de la flagellation. L’homme-Dieu crucifié. L’homme mis au tombeau dans le silence du samedi saint. Et c’est sur une autre question que rebondira toute l’histoire de l’humanité dimanche matin : la question de Marie-Madeleine devant le tombeau vide : où l’avez-vous mis ?

 

C’est de là… D’un tombeau vide que pourra surgir la fête de la vie. Mais pour fêter la vie il aura bel et bien fallu une mort.

 

La fête de l’Eucharistie que nous célébrons en ce jeudi soir fête chrétienne par excellence, descend jusqu’à ces profondeurs de la mort. Cette fête n’est pas simplement une belle célébration, et une distraction pieuse, avec une belle décoration, de beaux chants, ou une chamarrure quelconque du monde : L’Eucharistie descend jusqu’au plus profond que l’on appelle la mort et ouvre le chemin de la vie. Cette Vie qui a vaincu la mort.

 

Oui, c’est une bataille, un combat, auquel nous assistons ce soir. Et c’est Dieu lui-même qui vient faire alliance avec nous. Il vient se battre à nos côtés ; ni plus ni moins : pour tuer la mort.

Pourtant, dans le combat qu’il mène pour nous, Dieu n’utilise pas les armes humaines de la violence.
Il utilise deux choses : un peu de pain, un peu de vin, d’un côté ; puis une bassine et un linge, de l’autre.

Deux gestes, deux paroles en un même sacrement indissociable : l’Eucharistie et le lavement des pieds.
Ainsi faisant, le Christ nous invite à nous libérer de nos logiques de pouvoir, de puissance, de domination.
Oui, tuer la mort : Tuer nos nécroses, nos enfermements, nos esclavages, nos peurs… notre péché,
et entrer dans les logiques de l’Amour, du don de soi, du service des autres.

Comment ne pas être bouleversé de voir Dieu lui-même s’agenouiller et se mettre à nous laver les pieds ?

 

Par ce geste du lavement des pieds, pourtant, Jésus nous donne un exemple :

Nous l’avons entendu. Ce que je viens de faire n’est pas un mimétisme. Ce soir, je ne prends pas la place de Jésus.
En lavant symboliquement les pieds de quelques uns d’entre vous, ce que je viens de faire c’est pour répondre à sa demande à lui : « C’est un exemple que je vous ai donné. Afin que vous fassiez vous aussi comme j’ai fait pour vous ».

 

Ceci est donc valable non seulement pour Dieu ; non seulement pour Jésus ; Non seulement  pour le prêtre ou les diacres… mais pour  chacun de vous !

Si vous aimez, chers amis, n’attendez pas que cela vienne des autres. Mais commencez par prendre exemple vous-même sur le Christ Jésus. Faites-vous vous-mêmes serviteurs de ceux que vous aimez ou de ceux que vous n’aimez pas assez…  Faites-vous même serviteurs de vos ennemis. Car… vous pouvez scruter l’évangile de ce soir dans tous les sens :
Jésus, en toute logique, a bel et bien lavé les pieds de Juda. Faites-le vous-même… Et faites-le dans l’humilité !


Et comme si ce n’était pas encore suffisant, Dieu, en Jésus-Christ accepte de mourir d’amour pour nous.

En nous donnant son corps et son sang en nourriture, Jésus, le Fils du Père, a choisi de nous laisser
toucher du doigt l’infinie grandeur de Dieu. Dans ce petit morceau de pain consacré, dans cette coupe de vin c’est Dieu lui-même qui se fait nourriture et boisson. Il vient habiter au plus profond de notre être  pour y demeurer.

 

Lorsque nous communierons tout à l’heure, dans le silence, laissons-nous transformer par cette communion. Nous serons alors capables de faire pour les autres ce qu’il a fait pour nous. Alors, aimer Dieu et aimer son prochain deviendra une seule et même réalité.

 

Nous deviendrons ainsi semblables à Dieu. Alors nous formerons vraiment, à notre tour, un seul corps.
Nous deviendrons son corps au milieu du monde.

 

Si nous voulons reconnaître Dieu le Père, nous avons besoin d’être transformés par la présence réelle du Fils sous l’action de l’Esprit Saint ! C’est au pied du tabernacle, aux pieds de Jésus au mont des oliviers,
dans l’adoration silencieuse du mystère de son abaissement, que nous apprendrons à connaître Dieu !

C’est là que nous recevrons la grâce de Le reconnaître quand, un jour,  il traversera les chemins de nos vies.

 

+ Père Dominique Lemahieu, Curé

Saint André, Le Jeudi Saint 1er avril 2021