Mercredi 15 avril

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Mercredi dans l’octave de Pâques.

Ce mercredi de Pâques, nous voici sur la route d’Emmaüs – non, pas Emmaüs à Wambrechies ! Emmaüs à deux heures de marche de Jérusalem, vous voyez ? – avec ces deux-là que nous connaissons comme des frères. Deuil et effroi. Ca nous parle. Oui, nous comme le monde entier, nous sommes bien au courant des « évènements ». Deuil et effroi, incertitudes, menaces et désarroi, on connait. On en parle, et sur tous les tons.

Et sur cette route d’actualité, tandis que le printemps explose tranquillement et que les oiseaux chantent comme jamais, d’autres pas et d’autres tons.

Dans mon quartier, pas de cantatrice aux fenêtres ni de « Questions pour un balcon » ; mais tous les soirs à 20h, concert de couvercles-cymbales et de bravos à tous les soignants, aidants, chercheurs. Les voisins qui ne se parlaient guère échangent gentillesses et services au travers des haies ; certains ont remplacé leurs rideaux par des affiches aux doux messages d’encouragement. Le facteur et les éboueurs voient s’ouvrir les portes à leur passage sur des sourires et des mercis.

Dans la communauté chrétienne, les chaines de prière tiennent miraculeusement des nuits entières ; des prouesses techniques rassemblent pour des célébrations inouïes une assemblée improbable, chacun le nez sur son ordinateur. On ne se souvenait pas avoir vécu la Semaine Sainte et Pâques avec autant d’empressement et de gravité.

A tour de cœur et de médias, on retrouve le contact avec les proches et les amis négligés. Les grands-parents deviennent experts en réseaux sociaux. Les bonnes blagues fusent, le 1er avril aura été particulièrement inventif. Les couturiers-res se bousculent pour confectionner des masques. On se réjouit en entendant que des propriétaires prêtent leur appartement libre à des soignants, ou que des prisonniers privés de parloir reçoivent de quoi téléphoner à un proche. Humoristes, poètes, musiciens s’accordent pour chanter l’héroïsme des uns, la solidarité des autres, la générosité, le partage. L’amour, en somme, le vrai.

Vulnérables, endeuillés, apeurés, nous contemplons les trésors qui éblouissent et mettent le cœur en joie. Le cœur brûlant, la Parole qui ouvre sens à la traversée de la souffrance, le partage de la route et du pain … Mais oui, il est là, le Crucifié Ressuscité, présence et envoi.

B. Malbrancke.