Il y a parfois d’étranges télescopages entre l’actualité chrétienne et la liturgie du jour.

Nous célébrons aujourd’hui la 4ème journée mondiale des pauvres et voilà que Jésus dans l’Évangile de Matthieu, semble se présenter comme un conseiller de placements financiers, ou les plus riches deviennent de plus en plus riches et les plus pauvres de plus en plus pauvres. Bizarre …

Je ne suis pas certain que ce soit le message que Jésus veuille faire passer à travers sa parabole…

Le double sens du mot « talent » peut sans doute nous aider à comprendre une facette de cette parabole.

Un talent à l’époque de Jésus représentait vraiment beaucoup d’argent. Il fallait environ 20 ans de travail d’un ouvrier pour gagner l’équivalent d’un talent … Jésus pour frapper les esprits dans sa parabole parle donc de véritables fortunes.

L’autre sens du mot talent, plus proche de nous, nous évoque nos capacités à réaliser de belles choses.

Ces talents qui nous ont été donnés sont mis en pratique par chacun de nous dans des domaines aussi divers que le monde artistique bien entendu, mais également, les sports, la cuisine, le monde des affaires, la main habile de l’artisan,  le leadership, bref dans toutes les activités humaines et quotidiennes, et c’est avec ces talents que chaque jour nous réalisons de belles choses pour la plus grande joie de nos semblables.

Quel bonheur de déguster les si bonnes pâtisseries de nos artisans wambrecitains confectionnés avec tant de passion et de talent !

Je pense que Jésus en parlant de talent, va même au-delà de toutes ces belles capacités, ces belle richesses et aptitudes que nous avons reçues de Dieu par nos parents, et que nous utilisons pour faire la joie de ceux qu’on aime.

La plus grande et incomparable richesse que nous avons reçue de lui, c’est sa parole.

Pendant les 3 ans de sa vie publique il n’a eu de cesse d’enseigner les foules et particulièrement ses apôtres pour nous confier le mode d’emploi du bonheur. Comme un Père qui aime ses enfants, le Seigneur souhaite plus que tout de nous voir vivre dans la joie et la paix. C’est pour ca qu’il nous envoyé son fils prendre notre condition d’homme pour nous le dire. Le nouveau testament est un véritable condensé de bons tuyaux, si vous me permettez l’expression, pour vivre heureux, confiant et dans la joie et la paix à chaque instant de nos vies, la recette est simple, même si elle n’est pas toujours facile à mettre œuvre : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé ».

C’est donc Jésus, fils de Dieu, envoyé par son père, et qui parle en son nom qui nous à confié ce trésor. Il nous a aussi confié une mission, achever le monde, pour que l’Amour y règne en maître absolu.

Qu’avons-nous fait de ce trésor ? L’avons-nous enterré comme le serviteur peureux et inquiet, l’avons-nous fait fructifié en prenant nos responsabilités et en décidant de le mettre à profits dans chacun de nos gestes quotidiens ?

Les premières personnes de toute l’humanité à qui s’est révélé Jésus dans la crèche se furent les bergers. Les bergers de l’époque étaient considérés comme la tranche sociale la plus basse, la plus dédaignée, la moins respectée, la plus pauvre.

Ce n’est évidemment pas un hasard que Jésus les rencontre en premier et bien avant les rois mages. Le message de la naissance de Jésus, au fond d’une simple crèche, au milieu des bergers est clair. Il est d’abord venu pour les plus pauvres, les rejetés, les exclus qui vivent de plus en plus en marge du monde

C’est donc bien auprès des plus pauvres que nous devons agir en priorité absolue. Et je cite notre Pape François dans son message d’aujourd’hui : « La pauvreté prend toujours des visages différents qui demandent une attention à chaque condition particulière : dans chacune d’elles, nous pouvons rencontrer le Seigneur Jésus, qui a révélé sa présence dans ses frères les plus pauvres »

Notre monde d’aujourd’hui nous offre une multitude de visage de la pauvreté. La pauvreté matérielle, bien entendu, contre laquelle le secours catholique mène depuis si longtemps son combat permanent. Mais nous pouvons aussi être témoin de la pauvreté affective, culturelle, psychologique, spirituelle et tant d’autres formes encore.

Alors, chacun, si riches de nos talents reçus, faisons fructifier, en bon gestionnaire, ce trésor que Jésus nous a confié, la parole de Dieu en tendant la main à toutes les forme de pauvreté. En luttant contre toute les formes d’exclusion.

Et peut-être qu’on pourrait déjà commencer simplement en passant un coup de téléphone dès ce soir à une personne que nous savons isolée.

Et à travers cette personne, c’est Jésus lui-même que nous aurons au bout du fil.

 

 

 

Fabien Demeester, Diacre

Wambrechies, le dimanche 15 novembre 2020

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