La quête de l'autre

Le récit de la création qui nous est donné à méditer, dans la première lecture de ce jour, nous permet
de réfléchir sur le sens à donner à notre existence sur terre : « il n’est pas bon que l’homme soit seul ».

Voici que Dieu crée des êtres vivants : les animaux… Mais ils sont trop différents de lui.

Ils sont trop différents… et c’est pour cela que l’homme ne trouve pas, dans la création, l’être qui lui corresponde.

Il lui faudra un vis à vis, avec lequel il pourra correspondre, parler, entrer en relation dans un rapport d’égal à égal.

Nous sommes différents les uns des autres. Nous n’avons pas forcément le même avis sur tout.

Il en est de même dans nos communauté (que ce soit dans une famille, une paroisse, ou un monastère) :

Nous n’avons pas forcément le même avis sur les façons de gérer la communauté ;

sur l’ouverture aux autres et plus particulièrement aux étrangers ;

sur les manières de faire face à la crise des vocations, au manque de novices, ou au manque de prêtre ;

Nous n’avons pas forcément le même avis sur les manières d’annoncer l’Evangile.

Nous n’avons pas forcément le même avis sur tout…

Prenons cela comme une richesse, et non comme une épreuve.

Il en est de même dans la société civile :

Le « rapport homme-femme » s’inscrit malheureusement souvent dans la comparaison :

Les hommes seraient plus ceci, ou plus cela par rapport aux femmes.

Et inversement, les femmes auraient plus de capacités que les hommes dans tel ou tel domaine.

Or, se comparer : c’est du poison ! car se comparer nous fait entrer dans une sorte de compétition malsaine
qui conduit le plus souvent à la rivalité.

Le rapport Homme-Femme que nous décrit la Bible s’inscrit, non pas dans la différence, mais dans l’altérité.

Nous l’avons entendu : Le Seigneur-Dieu prend une côte à l’homme. Dieu crée ainsi un manque en l’homme.

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul »… L’homme, l’humanité, est fondé sur un manque.

Il n’est pas possible à l’homme d’advenir seul en humanité.

Nous ne sommes pas homme. Nous sommes candidats à l’humanité.

Car la vie est toujours fondée sur un mouvement, une recherche, un besoin, une quête, un désir.

Avez-vous remarqués comme la publicité joue sur cela :

« Achetez tel produit, telle voiture, telle solution en matière de téléphone, de télévision et d’internet, cela vous comblera de bonheur ».

Posons-nous la question sérieusement pour nous même, voulez-vous ?

Qu’est-ce qui réellement pourrait nous combler de bonheur ?

Ce qui comble de bonheur, n’est-ce pas tout simplement d’aimer, et d’être aimé ?

D’aimer les autres, et d’être aimés par les autres…

D’aimer Dieu et d’aimer nos frères humains, comme le Seigneur nous l’a demandé.

Vous voyez bien que c’est une question d’altérité :

Pouvoir découvrir, chaque jour, quelque chose de nouveau, d’insoupçonné, de merveilleux chez l’autre.

C’est alors que je prends conscience que cet « autre » devient mon prochain.

Il est placé sur mon chemin. Son visage m’apparaît.

Et cela me requiert à la responsabilité ; et cela me bouscule.

Le visage de l’autre me convoque même au cœur de ma personnalité : là où se situent mes propres fragilités.

Voilà pourquoi Jésus prend l’exemple d’un petit enfant ; Un enfant est fragile, limité, dépendant des autres, dépendant de ses parents. Il est un être de besoins, un être de manques.

Alors… Comme le font si bien les enfants : accueillons la vie ; cette vie appelée à être rassemblée en Dieu.

Nous allons célébrer l’eucharistie. Mystère absolu de l’altérité.

En Jésus-Christ, nous sommes convoqués. Il nous est posé cette question :

« veux-tu librement conjuguer ta vie avec celle de Dieu ?  Dans la fidélité…! »

+ Père Dominique Lemahieu, Curé

Saint André, dimanche 3 octobre 2021