Chers amis, je viens de lire un passage d’évangile qui est dangereux !

Oui ! Il est dangereux. Car nous pourrions mal le comprendre ; Mal l’interpréter ; et se tromper complètement de sens. Notre pays en a fait l’expérience avant-hier, vendredi 16, avec le meurtre de cet enseignant, par un terroriste extrémiste.

Quitte à vous surprendre, je souhaiterais donc prendre le contre-pied de ce que nous comprenons habituellement quand nous entendons cette phrase de la part de Jésus : « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».

Chers amis, en entendant cette phrase bien connue, dans un premier temps, ne vous êtes-vous pas dit comme moi, que cet évangile nous invitait à remettre les choses à leur place ?… et, tant qu’à faire : à remettre Dieu à une place exclusive ?… L’argent ; César ; les affaires du monde… n’étant que quotité méprisables ?

Eh bien non. Je ne le crois pas !

Il faut savoir qu’à l’époque de Jésus, la loi juive, c’était la loi des grands prêtres et des pharisiens :

La loi religieuse commandait et régentait tout.

Savez-vous combien il y avait de lois et de règlements que les juifs de l’époque devaient respecter chaque jour de leur vie ? 613 ! On appelle ça d’un mot hébreux : les mitzvot. C’était un véritable carcan.

Saint Paul le dit dans beaucoup de ses lettres : « vous êtes esclaves de la loi » (Galates 5,1)

Alors Jésus, dans ces circonstances juridiques et règlementaires qui asservissent l’humanité, dit : « non ! ».

Il prend le contre-pied et affirme : « rendez à César ce qui est à César ».

Autrement dit : Les réalités humaines ont une autonomie. Elles sont respectables.

J’irai même plus loin : Pour nous, chrétiens, qui sommes dans le monde ; pour nous qui sommes plongés dans la pâte humaine, c’est à partir de notre humanité, (et pas ailleurs !) que nous pourrons trouver Dieu.

Un certain nombre de nos contemporains font fausse route en voulant séparer les réalités humaines
et les réalités divines. Tant que nous sommes vivants ; tant que nous vivons sur cette terre : pour trouver Dieu,  il n’y a pas d’autre moyen que celui d’assumer notre humanité !

Toutes les dérives religieuses extrémistes que nous constatons dans notre société, et pas seulement dans l’Islamisme, conduisent immanquablement à la séparation entre les soit-disants purs et les impurs, entre les croyants et les mécréants, entre les bons et les mauvais, et cela conduit irrémédiablement à la violence et au terrorisme.

Vouloir trouver Dieu en voulant s’extraire de notre humanité, c’est, de fait, devenir inhumain.

Souvenons-nous de ce que les nazis ont fait, il y a seulement 80 ans. Même si elle est difficile à entendre, comme j’aime cette prière du pape François, lorsqu’il était à Jérusalem en mai 2014 : « Seigneur, souviens-toi de nous dans ta miséricorde. Donne-nous la grâce d’avoir honte de ce que, comme homme, nous avons été capables de faire, d’avoir honte de cette idolâtrie extrême, d’avoir déprécié et détruit notre chair, celle que tu as modelé à partir de la boue, celle que tu as vivifiée par ton halène de vie. Jamais plus, Seigneur, Jamais plus ! »

Pour notre monde contemporain, comment donc comprendre cette expression de Jésus : « Rendez à César ce qui est à César » ? Il me semble que le Saint père, dans son encyclique « Fratelli Tutti » y répond au numéro 188 :

Les hommes politiques sont appelés à « prendre soin de la fragilité, de la fragilité des peuples et des personnes. […]  tout doit être fait pour sauvegarder le statut et la dignité de la personne humaine Les préoccupations majeures d’un homme politique ne devraient pas être celles causées par une chute dans les sondages,
mais d’être réellement efficace dans la lutte contre les fléaux que sont : la traites d’êtres humains,
l’exploitation sexuelle d’enfants, le travail d’esclave – y compris la prostitution –, le trafic de drogues et d’armes, le terrorisme et de crime international organisé.

Vous voyez bien que la question initiale posée par les pharisiens à Jésus n’était pas ajustée. Il ne s’agit pas de savoir s’il faut payer ou non l’impôt à César. Il faut remettre l’art de faire de la politique à sa juste place.

Puis au numéro 283 de son encyclique, répond aussi à l’expression de Jésus : « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu ». Il dit ceci : « Le culte sincère et humble de Dieu conduit non pas à la discrimination, à la haine et à la violence, mais au respect de la sacralité de la vie, au respect de la dignité et de la liberté des autres, et à l’engagement affectueux pour le bien-être de tous ».

Puissions-nous, nous-mêmes, chers amis, reprendre à notre propre compte cette expression de Jésus
en « rendant à César ce qui est à César », et « à Dieu, ce qui est à Dieu »,

 c’est-à-dire en reconnaissant aussi bien la noblesse l’action politique, que l’impérieux besoin de rendre un culte à notre Seigneur : Dieu le Père, le fils, et le Saint Esprit.

 

+ Père Dominique Lemahieu

Wambrechies, le samedi 17 octobre 2020

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